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Face à l’urgence, la protection de la biodiversité s’organise

Dans son rapport Planète Vivante 2022, le WWF mesure la perte de biodiversité dans le monde. À un mois de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), ce rapport, publié tous les deux ans, permet d’alerter sur l’urgence mondiale de protéger la biodiversité. De plus, le sujet est également intégré par la CSRD qui inclut la biodiversité dans les indicateurs extra financiers à suivre par les entreprises. Ces dernières doivent désormais anticiper ce sujet devenu incontournable.

Climat et biodiversité : une double urgence mondiale

Nous parlons souvent du réchauffement climatique mais il n’est qu’une des deux faces de la pièce qui représente l’urgence environnementale mondiale. L’autre crise à laquelle nous faisons face est bien celle du déclin de la biodiversité. Selon l’Office Français de la Biodiversité (OFB), « la biodiversité désigne l’ensemble des milieux naturels, des formes de vie ainsi que toutes les dépendances qui existent entre ces derniers ». La disparition d’un être vivant pouvant entraîner la disparition en cascade d’autres êtres vivants. La biodiversité est indispensable à la survie des espèces, dont l’homme fait partie. Le principal facteur du déclin de la biodiversité est le changement d’utilisation des terres et des mers pour satisfaire les besoins humains en énergie et nourriture, entre autres.

Le changement climatique contribue lui à modifier les milieux naturels. Il oblige certaines espèces à adapter leur mode de vie ou à migrer, par des réactions en chaîne. Il pourrait devenir la principale cause de perte de biodiversité dans les années à venir si nous ne respectons pas les Accords de Paris.

Code rouge pour la biodiversité

Le rapport Planète Vivante 2022 du WWF présente une chute de 69 % en moyenne des populations d’animaux sauvages suivies entre 1970 et 2018. Cette perte de biodiversité est surtout inquiétante au vu de sa vitesse et de son ampleur. Les chiffres varient en fonction des régions. L’Amérique latine est la région dans laquelle l’abondance moyenne des populations connaît le plus grand déclin régional (94 %).

Ensuite, les milieux d’eau douce abritent une riche biodiversité, dont un tiers d’espèces de vertébrés. Ils sont essentiels à notre survie car ils nous fournissent des services. Nous avons besoin de ces services pour vivre quotidiennement, produire de l’énergie, assurer notre sécurité alimentaire ou encore pour nos industries. Cependant, 50 % de la population humaine vit à moins de 3 km d’une « masse d’eau » douce (plan d’eau, rivière ou portion de rivière…), ce qui expose les écosystèmes d’eau douce à de la pollution et de la surexploitation, entre autres. Ces dégradations entraînent un déclin des populations d’espèces d’eau douce (83%).

Le WWF nous permet d’avoir le constat, il faut maintenant agir à l’échelle internationale.

Un message fort pour la COP15

Grâce au travail formidable de nombreux scientifiques dans le monde, nous connaissons la situation de déclin de la biodiversité, et ses raisons. Nous connaissons également les moyens dont nous disposons pour faire face au changement climatique et à la perte de biodiversité, ce qui nous permet d’agir. Par exemple, la création de zones protégées, de parcs naturels ou encore la réduction de l’artificialisation des sols sont des solutions à mettre en place. De plus, en juillet 2022, l’ONU a reconnu qu’un environnement sain est un droit humain. Cela permet de faire avancer la reconnaissance de la dégradation du climat, de la perte de la biodiversité, de la pollution et des pandémies comme des atteintes aux droits de l’Homme. Les entreprises qui participent directement ou indirectement à la perte de biodiversité pourraient être condamnées pour atteinte aux droits de l’Homme.

Cependant, des changements en profondeur sont essentiels pour changer la donne, notamment à l’échelle du système capitalistique sur lequel fonctionne notre société actuelle. Nous devons repenser nos modes de production et de consommation, nos technologies, ainsi que nos logiques économiques et financières. Pour permettre ces changements, il faut repenser notre système actuel, comme l’explique WWF, afin qu’il ne soit plus basé sur des « objectifs et des cibles mais sur des valeurs et des droits dans l’élaboration des politiques, ainsi que dans la vie quotidienne ».

Ainsi, des évènements comme la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15), qui réunit les gouvernements du monde entier, sont essentiels pour accorder le monde sur une trajectoire ambitieuse à suivre dans ce changement de système. La COP15 se déroulera du 7 au 19 décembre 2022 à Montréal, au Canada. Elle pourrait être un tournant historique dans la protection de la biodiversité, si les objectifs destinés à guider les actions mondiales jusqu'en 2040 prennent en compte les rapports scientifiques sur l’état actuel de la nature.

Établir un lien entre le commerce international et son impact sur la dégradation de la nature est tout aussi essentiel pour inverser la courbe de la perte de biodiversité à grande échelle.

Du côté du privé, les choses bougent aussi avec la CSRD

À partir de 2024, la Corporte Sustainability Reporting Directive (CSRD) remplacera la Non Financial Reporting Directive (NFRD) et inclura la biodiversité dans le reporting extra-financier de nombreuses entreprises européennes. En effet, en instaurant le concept de double matérialité pour les entreprises, ces dernières devront évaluer à la fois la manière dont les enjeux de biodiversité peuvent impacter leur activité et comment leurs activités contribuent et impactent la biodiversité (matérialité d’impact).

Actuellement, les entreprises assujetties à la DPEF mettent surtout en avant l’installation de ruches ou des projets de compensation carbone, souvent réalisés en dehors du pays. Grâce à l’analyse de double matérialité, les entreprises, notamment multisites, devront prendre en compte l’artificialisation de centaines d’hectares de terre comme un enjeu à risque, qui ne pourrait être compensé par la seule plantation d’arbres à l’autre bout du monde. Ainsi, les entreprises participeront à cet effort de protection de la biodiversité en repensant leurs implantations et en renaturant leur foncier.

Comment anticiper pour les entreprises ?

Afin d’anticiper la réglementation de la CSRD et les changements à venir au niveau mondial suite à la COP15, et tout simplement pour lutter contre le déclin de la biodiversité, les entreprises peuvent commencer par mesurer où elles en sont.  De nombreux outils existent, très bien présentés dans un rapport du WWF « Capital naturel et stratégies des organisations : une visite guidée des outils ».

Voici une liste d’outils pertinents présentés dans ce rapport :

  • Des outils d’empreinte de biodiversité : le Global Biodiversity Score (GBS) et le Biodiversity Footprint Calculator (BFC)
  • Des outils cartographiques d’aide à la décision : Integrated Biodiversity Assessment tool (IBAT) et Co$Ting Nature
  • Des outils qualitatifs et quantitatifs d’aide à la décision : l’Indicateur d’Interdépendance de l’Entreprise à la Biodiversité (IIEB) et le Natural Capital Protocol
  • Des outils monétaires d’aide à la décision : le Guide to Corporate Ecosystem Valuation (CEV) et les Corporate Guidelines For The Economic Valuation Of Ecosystem Services (GVCES)
  • Des outils de performance écologique « absolue » : le Future Fit Business Benchmark et les One Planet Approaches (OPA)
  • Des outils de comptabilité intégrée : l’Environmental Profit & Loss Account (EP&L) et les Ecosystem Natural Capital Accounts (ENCA)

Ensuite, une stratégie peut être établie sur la base de ces données, avec l’aide de ses parties prenantes, puis déployer à l’ensemble des activités de l’entreprise.

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